Auto-bio-cin-ethno-graphie désigne mon autobiographie cinématographique, écrite depuis un point de vue ethnographique.

"Ma vie n’a jamais été un long fleuve tranquille… et, après le 12 janvier 1967 dont il sera beaucoup question, notre vie commune ne fut pas non plus un long fleuve tranquille, hein Liane — toi, la meilleure part de moi-même. "

Pourquoi ce site ?

Il y a au moins 8 raisons. Cliquer sur ce visage endormi pour le réveiller.

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Contes et mécomptes réunit quelque
douze histoires dont la plupart sont navrantes.

Vous verrez, je vous assure,
Liane et moi n'y sommes pour rien.
Nous n'avons agi que comme révélateur.
Le monde est vraiment bête et méchant.

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willemont.fr

Il a eu un début ...

... il y aura une fin

L'épilogue ? La place est déjà occupée par Liane qui n'a pas pu m'attendre.  Reste à

Cette banalité étant dite, qui suis-je ?

Une vie en trois mouvements

Pour l'état civil ...

A mes propres yeux ...

Quand aux "autres" ...

Mon nom est Jacques Willemont. J'ai été conçu le 18 juin 1940 en Dordogne, pendant la débâcle.

Ma vie, ma vraie vie, celle dont j'aime parler, commence le 12 janvier 1967...

L’enfer, ce n’est pas “les autres” en tant que personnes, mais le regard qui fige, qui réduit, qui empêche d’être.

Voilà les deux ir-responsables : ma mère et mon père. 

Photographiés le 18 juin 1940 par la sœur de mon père dans un village près de Montignac, tout près de Lascaux. 


À quelques lieues de cette grotte fabuleuse que, huit semaines plus tard, quatre jeunes gens allaient “inventer” - selon le terme consacré - et sur laquelle, quarante ans plus tard, j'allais passer des centaines d'heures à la faire connaitre.

Ma mère a été emportée par les millions de civils hollandais, belges et luxembourgeois qui déferlaient sur les routes de Picardie quelques jours après l’offensive allemande du 10 mai 1940. Le régiment de mon père a quitté la région de Reims vers le 10 juin, direction le Sud Ouest.

Commerçant ambulant, joueur de longue paume - je suis certain que vous ne connaissez pas ce jeu picard - et même musicien, un fameux saxophoniste de plus, il n’y avait rien d’étonnant à ce que le chauffeur d’un capitaine lui dise : “J’ai vu votre femme à… “. Lorsqu’il ne saxonite pas, mon père œuvre au piano, à la grande cuisinière professionnelle du mess des officiers. C’est un fameux cuisinier aussi. Le capitaine l’a en sympathie. Aussi lui donne-t-il quartier libre et lui prête son chauffeur et sa voiture, jusqu’au crépuscule, avant la descente des couleurs.

C’est le moment du récit où il devient pertinent d’adopter le point de vue du lérot – du petit loir - dont la famille occupe depuis des générations, la grange où ma mère vit depuis quelques jours. Il apprécie peu l’animation qui perturbe ses habitudes. La moisson risque même d’être retardée. Heureusement qu’il y a tous ces bras supplémentaires. Mais avec les bombardements…

Du haut de la grande poutre transversale, le lérot observe avec amusement les allées et venues de deux jeunes femmes, dont l’une attend un enfant. Puis arrive cet homme en uniforme. Il est le frère de la future mère et le mari de la seconde. Vous êtes perdu ? Sans importance. Toujours est il que… discrètement, le lérot détourne les yeux. Quand, soudain, un cri. La jeune femme allongée sur le dos a l’œil fixé sur lui. Lui ? Ben, le lérot, l’observateur. Enfin… l’observateur maintenant observé. L’homme est déconcentré. Vous imaginez la suite.

Il faut que je retrouve le livret militaire de mon père pour vérifier que c’est bien le 18 qu’il a retrouvé ma mère le temps d’un après midi, d’une photo et d’un “saut de carpe“ mal maîtrisé. Ensuite, son régiment est descendu vers Bordeaux. L’armistice a été signé. Le régiment dispersé.

Au courant de l’été, la prémonition de mon père se vérifie. C’est alors que commence l’angoisse de ma mère. Elle va durer jusqu’au 30 mars 1941. Jusqu’à mon premier cri. Immédiatement, elle pose au médecin la question qui la turlupine depuis des semaines…

Une superstition règne depuis toujours dans le milieu des femmes : si l’une d’elles, enceinte, touche un rongeur — genre lérot, loir, souris et… pire, un rat — c’est… Heureusement, ce n’était qu’un lérot, et à cinq mètres de hauteur.

“- Rassurez vous, madame Willemont, votre enfant n’a pas de poils sur le visage, ni sur le corps.“

L’histoire pourrait s’arrêter là s’il n’y avait pas eu, vingt huit ans plus tard, un tournage au Maroc, dans un lieu précaire, sans eau courante. Lorsque je rentre en France, je passe saluer ses parents, et ma mère de dire :

“- Voilà. Tu les as les poils. Autour de ton menton. “

Ma barbe date de cette époque. J’ai immortalisé la parole de ma mère avec un tee-shirt que je lui ai offert. 



Photogramme du film qui nous a fait revivre avec Liane les quatre premières heures de notre vie commune.






Au printemps 66, les prémices. J’avais éprouvé un puissant sentiment de fierté nationale lorsque la France quitta le commandement intégré de l’OTAN. Face à la Guerre froide, j’étais partisan du "ni ni" : ni communiste, ni pro impérialisme. Ce geste souverain avait de quoi réjouir l’ancien officier de cavalerie que j’avais été pendant mes vingt six mois de service militaire.

Mais ce n’était pas tout. Ancien élève de l’ETA, l’École technique d’aéronautique, le Concorde avait titillé mon chauvinisme — sans oublier la « bombinette ». 

Aussi me suis je senti obligé d’envisager mon avenir à la hauteur des réussites de mon pays.

Pour financer mes études, j’avais trouvé un poste de surveillant d’internat au foyer des orphelins des PTT. Une sinécure : légère dans ses obligations, moins dans sa rémunération. Qu’importe. C’est dans ce cadre que, chargé d’animer le ciné club, j’ai découvert que le cinéma était plus qu’un divertissement. C'est pourquoi j'ai décidé de trouver dans les différentes activités cinématographiques, celle qui me convenait.

Jusqu’alors, la littérature m’avait servi de boussole. Elle m’avait aidé à orienter ma vie, à définir mes choix : mon mépris pour ceux qui font de l’enrichissement une priorité, mon refus de toute activité répétitive, mon appétence pour la maîtrise du monde par la connaissance, pour sa découverte - à ma porte comme au plus loin.

Avec Le train sifflera trois fois, j’ai découvert le sens de la responsabilité et celui de la tolérance. J’ai respecté ces deux recommandations pendant soixante dix ans. Les Visiteurs du soir m’avaient préparé à survivre aux actions létales du diable - et à résister à celles qui menacent tous les couples.

C’est pour cela que j’affirme que ma vraie vie a commencé le 12 janvier 1967, lorsque j’ai eu le courage d’inviter Liane - cette grande fille vêtue d’une jupe de mauvaise coupe mais qui marchait de manière souveraine - à venir voir un film pour lequel j’avais des places gratuites. Et, plus important encore, que notre vie commune s’est poursuivie assez merveilleusement jusqu’à maintenant parce que nos deux âmes ont continué à battre ensemble malgré les coups du diable. Non. Pas du diable, des diables, tant ils furent nombreux. 

Liane vient d’abdiquer.



1966. Je viens d'ap-prendre que je suis admis à l'IDHEC, l'école du cinéma.

 

J'avais décidé : cette école ou rien.





N’ayant jamais rencontré une personne vivante capable de m’aider à m’orienter dans la vie, ce sont les images de la vie qui m’ont servi de guide. J’ai compris très tôt que les cinéastes et les romanciers étaient de fieffés plagiaires : ils copiaient la vie, ses formes, ses gestes, ses éclats. Ils donnaient des sentiments à des ombres et à des lumières, s’amusant à rendre crédibles, pendant quelques centaines de pages ou de minutes, des êtres virtuels capables de susciter l’amitié, l’amour ou la haine.

Les romanciers surtout vous contraignent à participer à la contrefaçon. Mais la paresse m’a incité, comme beaucoup - comme trop aujourd’hui - à privilégier le cinéma, avec complaisance, où le plagiat de la vie prend la forme de l’épigone.

Dans tous les cas, chacun de nous participe à ce mouvement perpétuel du copiage. Chaque spectateur ou lecteur reproduit à sa manière - souvent indigente, malheureusement - ce que l’artiste avait lui-même reproduit de la vie réelle.

Évoquant l’enfer du regard qui fige, qui réduit, qui empêche d’être, un souvenir me revient, celui d’un film du magistral Hitchcock.

J’avais vu Rebecca plusieurs fois. Mais la première projection m’a marqué d’une manière inattendue. En 1966, année charnière, j’avais rencontré dans la journée le fils du médecin, voisin de mes parents. L’homme de l’art qui, à ma naissance, avait constaté que je n’avais pas de poils sur le visage (sic) [voir colonne à gauche]. Ayant appris que je voulais devenir directeur de la photographie, sa mère lui avait demandé de me conseiller. N’était il pas décorateur sur les plateaux de tournage ? Il le pouvait peut être.

Dès que je lui annonce la couleur - je veux passer le concours de l’IDHEC - ses yeux, sa tête me scrutent d’une manière étrange. Puis il m’incite à tenter plutôt le concours de l’école Vaugirard, destinée à la formation des techniciens du cinéma. Le soir même, à la télévision… Rebecca. D’Hitchcock bien sûr. Cela devrait aller sans dire.

Soudain, lorsque la future Mrs de Winter - la jamais nommée - fait face à l’obséquieuse Mrs Van Hopper, je retrouve exactement le mouvement du visage et des yeux du fils de mon voisin. Ce scan lent de mon corps, de la tête aux pieds, puis le retour plus rapide. À la fin, généralement - vous le verrez si vous le subissez - une expression incontrôlée de morgue trahit les idées négatives qui traversent l’esprit du pédant. Pour lui, ce fut quelque chose comme : "Et dire que ce fils de petit commerçant se croit capable d’être admis dans une telle école…"

Deux mois plus tard, je l’aperçois. Il lave sa voiture. Il m’adresse un petit geste de la main. Un pouce dressé peut être, je ne sais plus. Ma réussite ne méritait elle pas une affable poignée de main ? Des félicitations ? Non. Il préfère la posture à la vérité. Il pense que l’avenir lui donnera raison. Eh bien non. Pas de bol. Mon film de fin d’étude est considéré, par exemple, comme "l’un des films les plus beaux du monde" par Franz Biberkopf des Nouvelles du front cinématographique.

Des scans "Rebecca", j’en ai subi beaucoup. L’un des derniers fut celui d’Étienne Vendroux, le neveu du Général. Nous avions vécu côte à côte - du fait de l’ordre alphabétique "Vendroux Willemont" -  pendant six mois à l’École d’application de la cavalerie, à Saumur.

Trente ans plus tard, je suis considéré à raison - l’excès de modestie est une marque puérile d’orgueil - comme l’éditeur multimédia le plus prometteur : je ne fais que répéter ce qu’affirment le CNC et l’IFCIC, qui me procurent un fonds de roulement de deux millions, dont une partie garantie par l’État, pour soutenir financièrement la société que j’ai créée.

Il dirige alors l’une des entreprises du groupe Lagardère (être le neveu du Général ouvre des portes). Justement, en parlant de porte : dès que je franchis celle de son bureau… le scan. Je l’entends penser : "Il a finalement réussi, ce fils de plouc !". Et puis… rien. C’est à lui de marquer d’un geste, d’une parole, ces retrouvailles. A-t-il honte de ses ronflements d’antan dont j’aurais conservé le souvenir ? Au bout d’une minute, ma décision est prise : je ne collaborerai pas avec ce rebut de la société bourgeoise. Je bredouille des banalités et je me tire.


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Qui suis-je, à mes propres yeux ...
Quand aux "autres" ...

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Transcriptions

Pour l'état civil ...
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Nous voilà partis pour une longue aventure. (0:04) Je vais rédiger mon autobiographie, à la fois cinématographique et ethnographique. (0:12) Sur ce site, à chaque fois que j'affirme quelque chose, je fournirai la preuve.(0:21) Ou je fournirai un certain nombre d'éléments qui vous permettront de juger, je pense, que ce que je dis est vrai. (0:28) Je ne mens pas. Depuis que je suis tout petit, c'est ma mère qui me grondait quand j'essayais de faire passer un mensonge. (0:38) J'ai découvert que c'est plus facile de vivre lorsqu'on ne ment pas. (0:43) Mais en même temps, voilà que j'ouvre ce site en déclarant que j'étais conçu le 18 juin 1940, évidemment à cause de la date. (0:55) Mais c'est vrai, tous les éléments dont je dispose me laissent entendre que c'est en effet ce jour-là que mon père et ma mère se sont retrouvés très peu de temps, un après-midi.(1:07) Ma mère descendant du nord de la Picardie comme des millions de personnes, mon père dans son régiment venant de Reims est passé tout près. (1:16) En effet, ils se sont rencontrés, on me l'a raconté, et puis je suis né neuf mois plus tard. (1:25) En plus, il y a cette photo qui figure là sur cette page.(1:29) Mais avec les éléments dont je dispose, en partie le carnet militaire de mon père que j'ai eu sous les yeux il y a plusieurs mois, j'ai pu déterminer la date de ma conception. (1:42) Je ne l'ai pas retrouvé récemment, ce qui fait que je ne peux pas fournir les éléments qui ont forgé ma déduction, (1:48). Mais je suis certain que c'est bien le 18 que mon père en descendant était dans le coin. Un peu plus à l'est de ma mère. (1:55) Qu' un officier - mon père était à la fois un très bon saxophoniste et il intervenait au mess des officiers - lui a fait un cadeau parce qu'il l'estimait (2:03) « Prends ma voiture avec mon chauffeur, tu as l'après-midi ». (2:09) Et je suis là. (2:13) Vous pouvez compter de ma part sur une certaine éthique.(2:19) Mais vous verrez que j'ai rencontré beaucoup de gens qui n'avaient vraiment aucune éthique. (2:24) C'est même étonnant. (2:26) Vous verrez, je le répète, je suis un révélateur.(2:29) Vous savez, comme en chimie. Pour le cinéma, vous avez une latence. (2:34) Dès que vous avez fait votre photo ou fait votre film en argentique, l'image est là, mais il faut qu'elle soit révélée. (2:42) Il faut qu'on la mette dans un bain chimique. Je suis ce bain chimique pour beaucoup de gens.(2:46) Beaucoup de gens sont considérés comme des gens bien, et j'arrive, et tchac ! (2:50) Je fais apparaître une image très négative de ces gens, et vous verrez quand même que j'étais fort dans ce rôle. (2:57) Voilà, j'espère vous informer, vous distraire. (3:02) Ce que je raconte n'est pas toujours très drôle, mais enfin, il y a des passages qui sont cotons.(3:08) J'espère que vous prendrez plaisir à en lire une partie.

A mes propres yeux
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(0:00) Ma vie commence évidemment le 30 mars 1941, là il n'y a aucune objection, aucune possibilité de s'être trompé. (0:13) Mais dans ma vie intra-utérine, je pense que j'étais assez perturbé par les craintes, les angoisses éprouvées par ma mère. (0:22) Et puis ensuite, cette femme n'a jamais vraiment vécu de manière sereine. C'est étrange ...(0:29) J'ai regardé les photos d'elle encore jeune mère, je ne la vois pas rire, elle ne sait pas rire. (0:37) Quand j'étais jeune (0:43) elle m'a transmis cette gravité devant la vie. (0:47) Je pense qu'elle possédait une certaine lucidité. Elle voyait les choses telles qu'elles sont. (0:54) Elle ne se masquait pas la réalité. Comme je l'ai fait moi toute ma vie.(0:58) Et surtout, dans la première partie de ma vie, et donc pendant ma jeunesse, il y a eu l'internat, une période difficile. (1:06) Puisque l'armée pendant 22 mois. (1:08) Lorsque je rentre en 1966 à l'IDEC, j'ai atteint mon but. C'est ce que je voulais faire. J'ai réussi, (1:16) alors qu'on pensait que je n'en étais pas capable. (1:18) J'avais un sentiment de force. J'avais gagné contre beaucoup de gens qui pariaient contre moi.(1:27) J'étais fier de moi. (1:30) Par contre je vivais mal mes relations sentimentales. Peu de femmes m'avaient vraiment attiré. (1:39) Dire que j'étais fiancé à une femme que je n'aimais pas.(1:44) Je l'aimais à ma manière, comme on s'aimait à cette époque-là. (1:49) Ce n'était pas un mariage arrangé. Pourquoi pas elle ? (1:53) Et puis un jour, j'aperçois une jeune femme, ... je raconte succinctement, mais l'histoire est longue et belle. Etant à l'IDHEC, j'avais accès à un restaurant universitaire sous les Champs-Elysées. (2:08) Un restaurant administratif. (2:12) A deux ou trois reprises j'avais observé une jeune femme qui, tel un rituel, ... A peine arrivée, elle posait ses affaires sur sa chaise, (2:19) prenais la carafe d'eau sur la table, et d'un pas extraordinaire ... (2:22) Elle était belle lorsqu'elle marchait. C'était fascinant. (2:26) Elle allait changer l'eau, revenait, s'asseyait,  jetait un coup d'œil autour d'elle. (2:33) Et puis, elle se mettait à manger. Je sentais qu'elle aurait bien aimé avoir quelqu'un à côté d'elle. (2:39) Elle était aussi discrète, réservée. (2:46) Sa vie comme adolescente n'avait pas été très drôle non plus. (2:52) Une mère presque neurasthénique, des problèmes d'argent, enfin, voilà. (2:59) Pour quitter sa région, elle a inventé qu'elle voulait apprendre le russe, en plus de l'allemand. Cela lui a permis de poursuivre ses études à Paris.(3:10) Avec cette petite tricherie, elle était là, mais elle ne savait pas très bien ce qu'elle allait faire. (3:13) Donc rien ne dirigeait sa vie. (3:19) [je n'ai pas osé le dire mais - je rigole seul - heureusement que je suis arrivé]. Elle attendait un coup de vent.(3:23) Et moi, j'ai eu la chance d'avoir deux places gratuites de cinéma De la part de la Pagode. (3:36) Merci La Pagode pour ces deux images là ... (3:40) Je dis n'importe quoi, c'est deux billets gratuits.(3:44) Je pensais à autre chose en même temps. (3:47) Et donc, je suis attiré par cette grande fille. (3:54) Je ne suis pas tombé amoureux tout de suite de Liane. Cela s'est produit beaucoup plus tard.(3:58) Mais j'avais trouvé une bonne copine. (4:02) Donc je lui propose de venir avec moi. (4:05) Chance, c'était le jour de son anniversaire. Et l'amour du cinéma fait le reste.(4:09) On va aller au cinéma pendant des années. (4:12) D'abord des jours, des mois, etc. (4:15) Dans le petit film de 2023, nos quatre premières heures de notre vie commune sont racontées.(4:21) Liane a déjà perdu un oeil. Il y a déjà beaucoup de tristesse dans la fin de notre vie. (4:25) On est vieux, et on sait qu'il n'y en a plus pour longtemps. (4:28) Mais on sait qu'on a quand même beaucoup de chance.(4:30) Deux fils qui sont bien. (4:35) Il nous manque une fille. (4:36) Mais ces deux fils-là sont vraiment bien. (4:40) Avec nos petits-enfants, donc on éprouve du bonheur pour notre fin de vie. (4:44) Mais honnêtement, ce n'est pas terrible une fin de vie.(4:50) Surtout que maintenant, alors que je vous parle, je suis seul. (4:55) Je vais donc raconter cet épisode du 12 janvier 1967, (5:01) parce que c'est là vraiment où ma vie a commencé. (5:05) Ce n'est pas du flan, ce n'est pas de la littérature.(5:08) C'est vraiment le moment où notre vie commune a commencé. (5:14) J'espère que ça vous intéressera.

Quant aux "autres" ...
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(0:00) Tout à l'heure, je disais que j'étais un révélateur impitoyable. (0:11) L'une des premières histoires que je raconte en témoigne.  (0:16) Quand Jean Rouch va m'assassiner, professionnellement (0:23) - s'il avait pu me liquider, je pense qu'il l'aurait fait - (0:29) il va le faire d'une telle manière qu'il comment un délit grave. (0:34) Je pouvais l'envoyer avec l'association de malfaiteurs.(0:37) pour cinq ans en prison et lui faire infliger une amende de 150 000 euros. (0:44) C'est considérable. Il frôle le crime.(0:49) Eh bien, personne ne va croire que Rouch est capable de ça. (0:53) Donc, j'ai révélé sa vraie nature. (0:56) Excusez mon langage, mais c'est une ordure, ce mec.(0:59) C'est vraiment une ordure. (1:01) Tout simplement parce que, dans certains domaines, je faisais mieux que lui. (1:04) Pour faire des films, il avait des références cinématographiques que je n'égale pas.(1:08) Et je n'avais pas envie de le concurrencer dans ce domaine là. (1:11) J'admirais une partie de ce qu'il réalisait. Pas tout. (1:13) Puisque pour moi, ses films ne sont pas ethnographiques. (1:15) Ce sont des films sur Jean Rouch en Afrique.(1:17) Il est tellement fier de lui, tellement imbu de lui. (1:20) "- Regardez moi. Je filme des Noirs en train de chasser à l'arc. (1:24) Regardez l'homme extraordinaire que je suis.(1:26) Mais les Noirs ne parlent pas. On entend vaguement leur voix derrière. (1:29) C'est Rouch qui parle. Il s'est approprié ce pays, ses gens, etc. (1:32) pour être l'homme qui fait tout ça. (1:35) C'est un sale con.(1:39) Et ce qu'il a fait, à notre, est une ignominie. (1:43) Parce que j'étais en train de créer une encyclopédie des peuples. (1:47) Le festival "L'homme regarde l'homme", (1:49) il l'a récupéré, il l'a rebaptisé "Cinéma du réel". (1:51) Le festival continue.(1:53) Au moins, il y a une continuité. (1:55) La revue Impact, ce n'était pas non plus la plus grande chose du monde. (1:58) Mais cette encyclopédie du peuple, (1:59) était un outil d'éducation fabuleux, (2:02). Elle était déjà diffusée dans 14 télévisions ; (2:04) quelques temps plus tard, c'aurait été 50 télévisions. (2:07) De plus on avait commencé à la diffuser dans les comités d'entreprise.(2:12) Donc les gens qui voulaient partir découvrir le monde (2:14) auraient vu voir ces films, (2:15) ils auraient découvert qu'on pouvait faire autre chose (2:16) que visiter les marchands. (2:20) Des marchands qui sont toujours les mêmes à travers le monde, (2:23) Pour acheter des petites cochonneries qu'on ramène à ses amis en rentrant. (2:25) Il y avait autre chose à faire dans tous ces pays. (2:28) Et ensuite, ça pouvait contribuer à faire baisser le racisme.(2:32) La manière dont on traitait ces films (2:33) permettait de montrer la force morale, mentale, artistique de ces peuples. (2:39) De quel droit a-t-il pu détruire ça ? (2:42) Et ce n'était pas un projet. (2:43) On l'avait déjà diffusé, je viens de vous le dire.(2:45) Liane (ma femme) a diffusé la première série de 10 films (2:47) dans 14 télévisions du Brésil au Japon, du Canada au Koweït. (2:52) Lui - Rouch - a tout détruit. (2:56) Vraiment un sale con.(2:58) Et puis, je veux dire, (3:00) ma vie professionnelle dans le domaine cinématographique a été ruinée. (3:07) Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il n'est pas le seul. (3:09) À la fin, vous allez quand même vous interroger, (3:11) Comment est-il possible que tout ça arrivé aux Willemont ? (3:15) Le mot clé, c'est "Révélateur".(3:18) Un révélateur (3:19) développe aussi bien un film en 16 mm (3:23) qui montre la vie d'une grenouille (3:26) que (3:29) Chantons sous la pluie, (3:32) ou d'autres grands œuvres cinématographiques. (3:33) C'est le même produit. (3:34) Disons que je suis le même produit qui a révélé (3:36) quelques grandes choses et beaucoup de choses très, très médiocres.(3:40) Voilà ce que vous allez découvrir sur ce site..

J'en suis toujours amoureux.

Liane vient d’abdiquer. Les larmes qu’elle a versées un certain automne 2013, n’ont pas suffit, comme dans Parsifal, à atténuer l'incandescence de l'arme vulgaire de la rumeur. Une rumeur émanant du "parrain" d'un syndicat de réalisateurs de films. La CGT. Relayée par  ces lilliputiens qui peuplent un Éden dont les Lumière sont absents. Rien que des ténèbres dans cette "cité", cette "ciutat" incivile et vile ... La Ciotat. Dans l'ombre, ces lilliputiens hommes et femmes, s'arrogent de ces titres qui prolifèrent dans les sociétés totalitaires : accusateur public, juge, juré, tout à la fois, sempiternels Fouquier‑Tinville, Herman, Dumas, Coffinhal, Samson, Trinchard, etc. Devenus Ferrari, Cornille, Fredon, Lassave, Tixier, Vigier, etc. Pour le bandeau sur les yeux, un zona fit l'affaire. Une cheffe lilliputienne était nécessairement sur le coup. Une seule question d'elle aurait suffit : "Est-ce vrai ?" Mais, ils en voulaient tous à celui qui les avait ridiculisés. En effet alors que MP2013 disposait de 101 millions d'euros de budget et qu'il y eut 0.46 millions d'euros d'excédants, sans une thune, grâce à une mouvement cavalier de fonds, il avait sauvé le navire qui s'approchait des récifs poussé par les vents tournant des rivalités internes entre "Les Lumières de l'Eden" et "L'Eden des Lumière" - si, si, aussi con que cela. Il attend toujours les 5.000 euros (frais avancés non remboursés) + 5.000 euros (rémunération des 800 heures de travail fournis par l'association Espaces) qu'ils lui doivent, soit 1/50ème de l'excédant final de trésorerie . Une misère.

L'oeil est brûlé. Plus tard, un certain Noël, un pas mal assuré, un plateau de fruits de mer qui échappe des mains, le bassin de Liane s’émiette comme un vase antique. Son monde se rétrécie aux dimensions d’un appartement que ses proches et amis fréquentent quand ils le peuvent. Ils l'investissent souvent par le téléphone. Elle n'est pas seule, je suis là mais, comme sa mère, elle abdique. Le 27 novembre, un flot pourpre envahit son cerveau. Durant deux jours, elle converse avec nous de manière digitale - des "1" et des "0" - manifestés par la grâce des mouvements de son oeil préservé. Spectacle d’une grandeur funèbre, admirable et fantastique, où la mort elle-même semble se vêtir de majesté.

J'entends ce que j'ai envie d'entendre de la part de Liane :

"- Jacques, tu as respecté ta promesse de ne pas agir tant que je serai à tes côtés. Maintenant fait à ta guise. Et commence par ceux par qui mon malheur est arrivé."


(1) Marseille-Provence 2013 (ou MP2013) est une série d'évènements culturels se déroulant à Marseille et dans le département des Bouches-du-Rhône en 2013 à l'occasion du titre de Capitale européenne de la culture.

Je l'aime toujours.