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Juin 1952 - première injustice

Oui, il s'est passé quelque chose. Mais voyons ce qu'il en fut du ressenti : c'est très à la mode aujourd'hui le "ressenti".

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(0:02) C'est loin, mais je me souviens assez bien de ce que j'ai ressenti à l'époque. (0:10) J'étais là avec mon père, qui s'était déplacé jusqu'à l'école, (0:18) et j'ai eu un sentiment d'injustice pour deux raisons. (0:23) D'une part, je sais qu'il me faisait payer.(0:29) Non, je n'étais pas quelqu'un qui cherchait des problèmes à l'institut. (0:34) Simplement, je suis de nature curieux. (0:38) Je vous donne un exemple.(0:40) Là, quelqu'un me demande de participer à une pétition (0:43) contre le fait que le Rassemblement national demande une garantie de l'État pour un prêt. (0:51) On peut, dans sa vie, dire oui ou non. (0:53) Si on n'aime pas le Rassemblement national, bien sûr, on signe la pétition.(0:59) Mais de quoi s'agit-il réellement ? (1:01) Pas tout de suite, j'ai été voir et j'ai eu toute une série d'informations (1:04) sur tous les partis politiques qui ont demandé des choses semblables. (1:11) J'ai quand même constaté, effectivement, (1:13) que la demande du Rassemblement national était un peu différente (1:19) de ce que ça avait pu faire, par exemple, les socialistes, il y a quelques années. (1:22) Ça demande réflexion.(1:25) Je suis dans un pays dans lequel les gens ne réfléchissent plus. (1:28) Ils réagissent. Ils réagissent, c'est tout.(1:37) Donc, j'ai posé trop de questions, (1:39) et l'instituteur prenait ça comme de la provocation. (1:42) Non, je voulais savoir. (1:44) Alors bon, il réglait un peu son compte avec moi, (1:46) mais simplement parce que c'était un imbécile.(1:49) Mais je savais aussi qu'il réglait son compte avec mon père. (1:54) Mon père s'occupait de notre jeu régional, la langue paume. (1:58) L'instituteur voulait aussi s'en occuper, au moins s'occuper des enfants.(2:02) Et je sais qu'il y avait ces rapports, pas de pouvoir, (2:06) mais d'autorité qui se sont exercés, qui ont existé, et voilà. (2:13) Mais leurs instits, c'était terrible. (2:16) J'avais tout de suite compris que je rêvais de grandes choses.(2:19) Moi, je voulais piloter des avions. (2:20) Je voulais faire des choses fabuleuses dans ma vie. (2:23) Et je me suis dit, si on me dit, mais c'est un imbécile, (2:26) il a le certificat d'études, il est bon pour aller être ouvrier à véhicule, (2:30) ou ouvrier dans une usine, et que sais-je encore, (2:33) et ou être, justement, marchand ambulant, pourquoi pas ? (2:38) J'ai jamais trouvé, j'ai jamais eu honte du métier de mon père.(2:43) Mon grand-père et mon père avaient un métier tout à fait honorable. (2:46) Tous les deux étaient instruits. (2:47) Mon grand-père était le chef de la clique, (2:51) donc il dirigeait quand même.(2:52) Lorsqu'il s'occupait, il était dirigé à l'orchestre, (2:56) enfin une clique, comme on disait, d'une trentaine de musiciens. (3:00) Mon père était un saxophoniste qui a été recherché (3:03) par des orchestres célèbres de l'époque. (3:07) Je ne sais plus, Jacqueline, ou quelque chose de semblable.(3:09) Donc c'était des gens vachement bien. (3:12) Et bon, ils étaient marchands ambulants, point. (3:15) Et j'ai l'impression que nous subissions (3:20) que cet instinct se croyait supérieur aux autres, (3:23) parce qu'il avait quoi, un petit diplôme (3:27) qu'il avait eu au, je ne sais pas quoi, comment ça s'appelait, (3:30) à l'école normale.(3:33) J'ai su qu'à partir de ce moment-là, (3:37) il fallait que je me méfie des adultes. (3:40) C'était une sale engeance. (3:43) Voilà ce que j'ai envie de dire.(3:46) Mais heureusement, le capitaine des pompiers (3:49) de Montdisier est intervenu.

Et s'il ne s'était rien passé

Et que s'est-il passé ?

Je serais resté trois ans de plus à Ansauvillers à faire rire mes copains avec mes sempiternelles "pourquoi monsieur ?" L'instit m'aurait fait subir toutes les sévices possibles : "Vous m'écrirez 100 fois ...". Puis 200, puis 500. Je connais. J'ai vécu ça au collège (oui, oui, je finirais par entrer au collège). Enfn, j'aurais passé mon CEP, certificat d'études primaires.

Et puis, j'aurai aidé mon père dans ses "tournées" avec le camion sur les routes de l'Oise et de la Somme. D'une ferme à l'autre. D'un  village à l'autre.

Le camion oui, parce que le cheval, c'était terminé depuis 1945.

1944 - Mon père, ma tante, mon grand-père.

1944 - Mon grand-père, le cheval Gamin et moi.

Vive le capitaine des pompiers de Montdidier.

Allez ... je vous raconte.

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(0:00) André, André Maître, qu'il s'appelait, mon oncle, le mari d'une sœur de ma mère. (0:10) Il était par ailleurs électricien automobile et il était assez intelligent pour d'une part être un très bon électricien, (0:20) mais il va finir même par créer une société pour fabriquer des bobines, certaines bobines qui servent, (0:25) si je ne me trompe pas, dans les Delcos, qui sont dans le système de distribution du courant dans le moteur. (0:32) Non, non, c'était un homme instruit au collège, sa formation technique.(0:38) Non, non, il était en plus cultivé, il s'intéressait à beaucoup de choses. (0:44) A un moment donné, à cause de ce que je vais vous raconter maintenant, j'ai vécu chez lui. (0:53) Voilà, et c'est lui tout de suite qui, lorsqu'il a su que j'étais éjecté du système éducatif, m'a regardé une fois encore.(1:00) Cette fois-ci, c'était un petit scanner, chaque n'est pas idiot. (1:05) Pourquoi ils ne veulent pas qu'il aille au collège ? (1:09) Voilà, j'ai eu la chance d'avoir cet oncle dans la famille et tout de suite il a jugé que c'était injuste. (1:16) Et il a trouvé la solution.(1:18) Puisqu'ils ne veulent pas de toi dans l'Oise, Mathilde dit, viens dans la Somme, je t'invite chez moi. (1:23) Et en effet, il a déclaré que j'habitais chez lui. (1:27) Alors, j'y suis allé tout au début de l'année suivante, mais en réalité, après, je suis rentré à l'internat.(1:36) Et je n'ai refait un séjour chez lui que quand je me suis cassé le bras. (1:39) Il a fallu pendant un mois qu'on prenne soin de moi, soir et matin. (1:43) Donc j'ai vécu quelques temps chez lui et c'est là que j'ai beaucoup apprécié la qualité de cet homme.(1:48) Voilà, donc à partir du moment où je vivais dans la Somme, j'avais le droit d'aller au collège et j'avais envie. (1:57) Je ne connaissais pas le geste à l'époque, mais sinon j'aurais dressé un doigt en l'air à l'instituteur qui avait essayé de m'empêcher de continuer mes études. (2:06) Si je suis à cause de l'instituteur, j'étais devenu très précautionneux avec les adultes.(2:14) Sa vengeance, j'ai su aussi avec ce capitaine des pompiers, avec cet oncle, avec l'oncle André, de savoir qu'il y avait aussi des gens sur lesquels on pouvait compter. (2:25) Je me suis donc apprêté à partir moi-même vers la vie adulte, sachant que c'était à moi de décider de quel côté j'allais me trouver. (2:35) Du côté des salopards, des cons, des imbéciles et tout ce qu'on veut, ou du côté des gens bien.(2:40) Je crois que j'ai vraiment été quelqu'un de bien.

Juin 1953 - pied de nez à toute l'éducation nationale

1953 : je suis donc en sixième et, si je ne me trompe pas, c'est l'année de ma communion solennelle.

Celui qui avait plus de Prix que moi s'appelait Chrétien. J'ai oublié son prénom.

J'étais contant pour lui, parce qu'il n'arrêtait pas de bosser.

Il méritait tous ses prix.


Je préférais lire. Et écrire mon roman préhistorique inspiré en partie par La guerre du feu de J.-H. Rosny aîné.

Mais pas seulement. Je me souviens qu'il y avait quatre amis inséparables. Comme les trois ...  

C'est un miracle !

Après avoir été éjecté du CM2 d'Ansauvillers(1) - Oise. J'entre en 6ème à Montdidier(2) - Somme.

Incapable de suivre au collège, paraît-il, un an plus tard, on m'accorde moult prix :

1er prix de géographie, 1er prix de récitation, 2ème prix de mathématique, 2ème prix de composition française, 3ème prix de sciences,  2ème accessit d'orthographe, 2ème accessit de littérature...

Un bon équilibre entre sciences et lettres.


(1) Ansauvillers veut dire "Le village aux Oies"  "Le village aux Oés", "Le village aux Oues".

(2) La tradition affirme que Didier le roi des Lombard après sa défaite face à Charlemagne fut emprisonné jusqu'à sa mort dans un donjon situé sur la falaise  sur laquelle Montdidier s'étendit.

Juin 1953 et les années suivantes ...

L'instit a continué à sévir : mes deux frères peuvent en témoigner. Combien de rêves d'enfants a-t-il piétinés ?

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Le voilà l'instit. Au garde-à-vous, dix ans plus tard (photo trouvée sur Internet). Un jour de fête au village, sur le terrain de longue paume (3).

Comment je définie la date ?

Par les chaussures et les vêtements. Mais surtout, parce que tout à droite, il y a mon père, ma mère et Claudine, ma filleule qui a dix sur la photo.


(3) Pour les ceusses (c'est du picard) qui voudrait savoir de quoi il s'agit, il existe un film intitulé Le jeu de la longue paume mais pour le consulter il faut disposer d'un compte professionnel sur Inamédiapro. Je vais tâcher (4) de fournir l'accès libre et gratuit à cette archive.

(4) de se taschier au XIVème siècle. Qui raconte que le vocabulaire rétrécit ?

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Par jeu, Eléonore qui m'assiste, a demandé à Copilot de nous écrire une ritournelle à la Brassens - et en pseudo-picard - sur ma triste histoire.

Voilà ce que cela donne :

Ci-dessous, l’con qu’i m’a, sans vergogne et sans cœur,

Voulou m’foutre dehors, m’jeter hors des l’heures.

Qui a tenté d’m’éjecter du système éducatif,

Comme on jette un vieux bouquin, un peu trop rétif.


Pour les ceusses du pays, qu’ont pas eu, dans l’brouillard,

Un tonton capitaine des pompiers pour dire : « T’inquiète, j’suis là, mon mignard ».

Combien d’adolescents ont dû s’débrouiller tous seuls,

Sans bras pour les r’tenir quand l’monde leur tombe sur l’gueule.


Alors j’gratte mon p’tit air, un brin bancal, un brin franc,

Pour les ceusses qu’ont tenu bon, malgré les vents méchants.

Et j’me dis qu’la vie, ma foi, peut ben faire des misères,

Tant qu’on garde un peu d’panache, on n’est jamais par terre.


Brassens du Santerre (sic)

"Oeil pour œil, dent pour dent !"

Je me souviens. En pension à Montdidier, en sixième, j’écrivais un roman préhistorique. J’y avais glissé un personnage qui rappelait l’instituteur, et je le malmenais avec une complaisance dont je ne mesurais pas encore la cruauté et que j'ai retrouvée dans Le magnifique (séquence plombier de la bande-annonce à 41 secondes).